Award-Winning Global Lifestyle Magazine

Mort de Hugh Masekela, auteur de l’hymne pour la libération de Mandela

0 242

TROPICS MAGAZINE – La musique a joué un grand rôle dans le combat contre l’apartheid de Nelson Mandela. Des mélodies xhosa aux refrains de Peter Gabriel, histoire d’un activisme sonore.

Comme l’écrit si bien le Journaliste Arnaud Robert dans sa Tribune dans Le Temps, au début, le combat était musique. Au temps de l’apartheid, chaque manifestation, chaque enterrement, chaque grève, les longs défilés révolutionnaires sur les artères de Johannesburg, les nuits de Soweto, tout cela a été systématiquement accompagné par les polyphonies noires. Le poing dressé. La tête baissée. Devant les tombes des opposants. Le refrain de Nkosi Sikelel’iAfrika, «Dieu sauve l’Afrique», un chant composé en 1897 par Enoch Sontonga, professeur d’une école méthodiste, enregistré pour la première fois en 1923 par Solomon Plaatje, l’un des fondateurs de l’ANC; il deviendra, bien plus tard, le nouvel hymne de l’Afrique du Sud. Une musique xhosa, l’ethnie de Mandela, pour un pays qui cherchait une réconciliation.
C’est même la destruction d’un quartier fondamentalement mélomane de Johannesburg, Sophiatown, au milieu des années 1950, qui jouera un rôle crucial dans la radicalisation de la lutte de l’ANC. Un des rares quartiers «intégrés» de la mégalopole, où Miriam Makeba et son mari, le trompettiste Hugh Masekela, rejouent le jazz afro-américain, les mélodies xhosa, dans des cabarets où les Blancs, malgré l’interdiction, dansent avec les Indiens et les Noirs. Un affront fait aux lois de séparation raciale qui aboutit à l’expropriation générale des habitants et à la destruction des lieux publics. Mais Nelson Mandela sera au cœur du mouvement protestataire contre ce bannissement, avec un slogan chanté sur tous les tons: «Nous ne bougerons pas.»

 

Mort de Hugh Masekela, auteur de l’hymne pour la libération de Mandela, Janvier 1, 1994
Il existe aujourd’hui des anthologies des chants de la libération, dont la très belle compilation Winds of Change, qui mêle les chorales zouloues aux discours de Mandela; elles sont vendues chez les disquaires sud-africains au rayon des vieilleries, destinées surtout aux touristes. Problème de mémoire, dont la réactivation du chant traditionnel Dubula Ibhunu par le chef des jeunes de l’ANC est le témoignage le plus flagrant. En 2009, Julius Malema reprend ces strophes violentes qui appellent au meurtre des Boers. L’ancienne femme de Mandela, Winnie, soutient la récupération. Et l’ANC fait appel contre la décision de justice qui déclare ce chant inconstitutionnel. Plus que n’importe où ailleurs, la musique reste en Afrique du Sud une arme politique, parfois maniée sans précaution.
Mais c’est sans doute hors des frontières du pays, en particulier dans les années 1980, lorsque Nelson Mandela était incarcéré, que la musique a été utilisée comme l’outil de communication par excellence de la lutte anti-apartheid. On ne compte plus, dans ces années-là, les chanteurs qui appellent à la libération du militant sud-africain. Youssou N’Dour, Tracy Chapman, Simple Minds, Public Enemy et même Michel Fugain ou Bernard Lavilliers, l’industrie musicale entière, partout dans le monde, contribue à faire de Nelson Mandela l’incarnation même de la liberté muselée. Trois ans après l’énorme concert humanitaire de Live Aid à Wembley, des dizaines d’artistes se réunissent dans le même stade londonien pour célébrer le 70e anniversaire de Nelson Mandela, déjà sous les verrous depuis vingt-cinq ans.
L’opération est colossale – on estime à plus de 600 millions le nombre de téléspectateurs ce 11 juin 1988 qui assistent aux performances de Sting, George Michael, Dire Straits ou Miriam Makeba. Peter Gabriel chante Biko, en hommage au militant assassiné. Et Stevie Wonder lance un I Just Called To Say I Love You dédié à Mandela. Difficile d’estimer l’impact direct du raout musical sur le gouvernement sud-africain (la diffusion du concert est interdite dans le pays), mais la jeunesse occidentale adopte alors cette cause et pique sur les vestes en jeans le pin’s «Free Mandela». La pression est telle que le combattant de l’ANC est libéré vingt mois plus tard. La mode des chansons pour Mandela s’épuise assez vite après son élection à la tête de l’Etat. Mais le moment, dans l’aventure de la pop, reste un apogée de la rencontre entre musique et activisme politique.
Parmi ces légendes, on compte Hugh Masekela qui avait fui le régime de l’apartheid dans les années 1960 et n’était rentré dans son pays qu’après la libération en 1990 de Nelson Mandela, fer de lance de la lutte contre le racisme. Parmi ses plus grands titres figurent « Bring Him Back Home » (Le ramener à la maison), où il demandait la libération de Nelson Mandela, et « Grazing in the Grass ».

Icône et héros du jazz dans son Afrique du Sud natale, le trompettiste Hugh Masekela se montre en grande forme sur « Phola », son trente-cinquième album solo, le second pour le label Four Quarters. Produit par le talentueux multi-instrumentiste Erik Paliani, on y entend la voix caractéristique d’Hugh Masekela ainsi que les sonorités chaudes de son bugle, sur une série de chansons détendues, cocktails de jazz, R&B, Afro-beat et de musique de township. Des instrumentaux enlevés comme « Mwanayu Wakula » ou le groovy « Moz » (un morceau tout aussi accrocheur que « Grazing in the Grass » son tube de 1968) à des chansons aux vocaux entraînants comme « Ghana, » « Bring It Back Home » ou l’autobiographique « Sonnyboy », Masekela nous offre avec « Phola » (terme sud-africain signifiant aller bien, apaiser, se reposer et se laisser aller), un album au charme à l’ancienne et à l’enthousiasme de gamin.

En 1964, il épouse la chanteuse sud-africaine Miriam Makeba et perce l’année suivante avec l’album « The Americanization of Ooga Booga ». En 1966, le trompettiste part habiter à Los Angeles et y enregistre « The Emancipation of Hugh Masekela », dont le titre était peut-être une allusion à peine voilée à son divorce d’avec Makeba. Le succès massif en 1968 de son hit radio « Grazing in the Grass, » vendu à plus de quatre millions d’exemplaires à travers le monde, fait de Masekela une star internationale. En 1970 il fonde, avec son partenaire et producteur Stewart Levine, Chisa Records, une sous-marque de la Motown, où paraissent ses enregistrements comme ceux des Crusaders, de Letta Mbulu et de Monk Montgomery. Chisa publiera environ sept albums, parmi lesquels son « Own Reconstruction » en 1970 et « Hugh Masekela and the Union of South Africa » en 1971, avant que le label ne s’arrête. Masekela et Levine relocalisent leurs activités chez Blue Thumb Records (1972-74), période pendant laquelle le trompettiste creuse plus profondément son héritage jazz africain, comme on peut l’entendre sur « Home Is Where The Music Is » en 1972 (enregistré avec le cuivre africain Dudu Pukwana), « Masekela Introducing Hedzoleh Sounds » en 1973 et « I Am Not Afraid » (1974), très coloré d’afro-beat.
Masekela continue de produire des hits tout au long des 70’s, et au début des 80’s publie quelques albums forts pour le label britannique Jive Records, dont « Techno-Bush » en 1984. Plus tard, il crée, avec l’auteur dramatique et compositeur Mbongeni Ngema la comédie musicale « Sarafina », qui rencontre un grand succès à Broadway en 1988. Après avoir été engagé par Paul Simon pour la tournée « Graceland », au sein de laquelle se trouvaient un grand nombre d’éminents musiciens africains, dont Ladysmith Black Mambazo et Miriam Makeba, Masekela retourne dans son pays à la suite de la libération de Nelson Mandela en 1990. Il y publie sur la décade une série d’enregistrements au style d’afro-beat de township engagé, dont « Beatin’ Around de Bush » en 1992, « Reconstruction » (1994), « Black to the Future » (1998) et « Note of Life » (1999). Il rencontre à nouveau le succès les années suivantes avec « Time on Columbia » en 2002, « Revival on Heads Up » (2005) et « Live at the Market Theatre » en 2007 pour ses débuts chez Four Quarters.

 

Hugh Masekela, Miriam Makeba, Nelson Mandela, Paul Simon, Whoopi Goldberg and Pik Botha, 1992.
Malheureusement, une page se tourne soudainement… La légende sud-africaine du jazz, le trompettiste Hugh Maskela, s’est envolé ce mardi 23 janvier 2018 à l’âge de 78 ans des suites d’un cancer, a annoncé sa famille, suscitant une pluie d’hommages pour saluer sa longue carrière et son engagement contre l’apartheid.
« C’est avec une immense tristesse que la famille de Ramapolo Hugh Masekela annonce son décès. Après une courageuse bataille contre un cancer de la prostate, il est décédé paisiblement à Johannesburg, entouré de ses proches », indique un communiqué de sa famille.

 

Le trompettiste Hugh Masakela sort en 1987 le titre Bring Him Back Home qui devient l’hymne du mouvement pour la libération de Nelson Mandela. Hugh Masakela fut personnellement contraint à l’exil en 1961, et revint vivre en Afrique du Sud après l’abolition de l’apartheid en 1991.

 

« Un baobab est tombé », a réagi le ministre sud-africain de la Culture Nathi Mthethwa. « La nation a perdu un musicien d’exception (…) on peut sans hésitation dire que frère Hugh était un des grands architectes de l’afro-jazz et qu’il a élevé l’âme de notre nation grâce à sa musique intemporelle ».

 

Hugh Masekela wins Life Time Achievement Award at the Jazz FM Awards at Vinopolis on June 10, 2015 in London, England.
June 10, 2015
Artiste vénéré ayant travaillé au fil de ces quarante-cinq dernières années avec de nombreux producteurs de renom, Hugh Masekela a été cette fois-ci heureux de s’associer au jeune producteur Paliani. « Après avoir entendu son travail pour d’autres musiciens – le premier album de Zama Jobe, l’album de Mavo Salomon – et apprécié son jeu de guitare sur scène derrière d’autres artistes, j’ai été convaincu qu’Erik était la personne qui allait m’aider à obtenir ce que je souhaitais pour mon projet » raconte Hugh. « Erik et son collaborateur Ezra Erasmus se sont concentrés sur l’élaboration d’une atmosphère musicale calme, aux dimensions sans limites. Ce sont tous deux des artistes virtuoses dotés d’un incroyable sens de l’humour. Et aussi des érudits, connaissant toutes les musiques et qui travaillent dans le plus grand respect pour la musique. »

 

« La nation pleure un de ses talents à la signature la plus caractéristique », a réagi le président sud-africain Jacob Zuma. « C’est une perte incommensurable pour le monde de la musique et le pays tout entier. On n’oubliera pas sa contribution à la lutte pour la libération », a-t-il ajouté.

Leave A Reply

Your email address will not be published.