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#TropicsIconoclasts : Pause Café Avec la Chanteuse de Jazz Helmie Bellini

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Au vu de son potentiel économique énorme, le continent africain est aujourd’hui élevé comme la terre de talents, la terre des affaires et la terre d’avenir par excellence. Avec une croissance économique soutenue de 5 à 6% en moyenne par an, la population africaine dépassera, haut la main, celle de la Chine d’ici à 2035 et nul ne peut faire fie des investissements qui seront multipliés par 5 dans les 10 prochaines années. Il va sans dire que l’Afrique est donc le nouvel eldorado pour les porteurs de projets comme les investisseurs locaux voire internationaux.

Dans sa série de classements annuels “TROPICS ICONOCLASTS” dédié aux pays africains, la rédaction de TROPICS MAGAZINE passe en revue l’énorme potentiel de croissance du continent. Au travers de ses séries d’interviews dédiées aux figures de proue et futurs cadres africains, ledit magazine primé ‘Meilleur Magazine de l’Année’ aux Creative African Awards de Londres analyse les enjeux des Jeunes Leaders ainsi que les challenges que doivent relever les dirigeants et les entreprises africaines.

Et si l’Afrique est en chantier, le CONGO-Brazzaville n’est pas en reste. Au vu de leurs actions multiformes, la quasi totalité de ses fils et filles est effectivement à l’oeuvre sur place comme à l’étranger. Nous vous proposons donc, sans ne plus tarder, d’aller à la rencontre d’une des 65 figures de proue congolaises, dont la magnitude des réalisations rehausse l’image de leur patrie mère. Interview!

 

TROPICS MAGAZINE – Le 22 Avril dernier, TROPICS MAGAZINE rendait publique son tout 1er
classement dédié à la République du Congo et qui avait pour but de placer les réverbères sur une terre de talents qui a longtemps marqué l’histoire du continent. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle, partagez avec nos lecteurs vos impressions à chaud?
Bonjour. Ce n’est pas tant dans les habitudes Congolaises que de (se) soutenir (dans) les bonnes actions. Ainsi, avant de m’être réjouie de figurer dans ce classement, j’ai salué l’initiative. Je vous remercie d’en faire partie. Vous dire combien je trouve votre travail très encourageant, il m’a également permis d’identifier d’autres compatriotes.

 

Kongo Square @ NewMorning, Paris / Credit Photo: Dimitri LOUIS

 

Félicitations pour cette belle reconnaissance que vous méritez amplement. Vous semblez plutôt attentif à toucher le plus large public… Parlez-nous de la place qu’occupe votre pays dans votre coeur et comment est-ce que cela se traduit dans la matérialisation de vos rêves ou projets…
Le Congo, c’est une belle terre, fertile, nourricière, à peine totalement exploitée. Il y a tant à en
apprendre, tant à en dire aussi !
Concernant l’un des pans que j’ai choisi pour m’exprimer, plus je creuse dans les connaissances, les écrits passés et plus je me rends compte que le Kongo a apporté énormément au monde. En creusant très profondément, je sais que le Congo n’est pas celui que l’on nous conte de nos jours. Malgré tout ce qu’il peut vivre actuellement, je suis fière que ce pays soit celui de mes racines et qu’il se trouve sur l’un des plus beaux continents du monde.
Je suis née et j’ai passé mes plus belles années de jeunesse au Congo. Cela marque à tout jamais.
Ces dernières années, en pensant au Congo, à certaines façons de penser, de faire, j’aurai pu avoir
tendance à « baisser » les bras à son sujet. Mais non. Pour avancer dans mes projets, je dissocie vraiment le pays de ses Hommes. Je le dissocie vraiment de l’ ancrage actuel dans lequel il est enlisé car si je devais rester dans l’état d’esprit qui prévaut, je ne pourrais pas avancer.
Son passé marqué par des faits historiques, culturels, économiques forts m’éclaire. Je suis le chemin du
Congo qui a voyagé, qui a donné au monde. Ces ressources historiques importantes nourrissent mon âme d’artiste. Savoir d’où je viens, me permets d’être mieux armée pour aller où je vais.

 

Les jeunes leaders, dirigeants et entrepreneurs africains sont souvent décrits comme des personnes persévérantes et résilientes. A votre avis, quelles sont les qualités qui vous caractérisent et comment contribuent-elles à votre épanouissement?
Etre affirmée dans son parcours permet d’être sincère avec le public que l’on a en face de soi sinon ce
n’est qu’effet de mode… copies désespérées et désespérantes. On ne ferait que passer…
Une amie m’a si justement écrit récemment : « Je ne veux pas donner mon pouvoir aux autres… »
S’écouter plus, accepter que les choses prennent le temps et le chemin qu’elles doivent emprunter.
Avec le temps, faire preuve de patience devient très essentiel.

 

 

Quels ont été vos principaux succès et échec professionnels à ce jour? Et, quels sont aujourd’hui vos souhaits d’évolution et vos focus principaux?
Il n’y a de sentiment d’échec que si l’on s’estime par rapport à une grille qui n’est pas celle dans laquelle
nous sommes inscrit.e.s.
En ce qui me concerne au niveau musical, se pose souvent les question suivantes : « Pourquoi fais-je de la musique » ? « Pour qui » ?
Là où un Jacques Loubelo était chanté par une Miriam Makeba, là où une de ses mélodies apparait et est créditée dans la mondiale comédie musicale de Disney, The Lion King (le Roi Lion) ; au Congo peu le gardent en mémoire.
Tout cela pour indiquer que j’évolue suivant ma grille d’appréciation de la musique. Une grille qui
m’emmène souvent loin de la manière dont nous Congolais, avons figé notre musique, la musique. Une
grille qui m’écarte notamment de ce qui est qualifié de succès de nos jours.
Duke Ellington disait qu’il y a de la bonne et de la mauvaise musique. Moi je rajouterai : « Il y a les artistes qui marquent à jamais et ceux qui égaient le temps présent. En lisant un article sur un sujet qui n’avait rien à voir, je suis tombée sur cette phrase de Val Kilmer qui résume aussi pas mal la confusion qui peut s’opérer lorsque l’on évoque une personne selon ses échecs et succès. « La gloire c’est le n’importe quoi, on vous traite différemment mais ça n’a rien à voir avec qui vous êtes vraiment. »
J’espère qu’au delà de mon vivant comme pour Jacques Loubelo, le Congo vivra dans une de mes oeuvres et moi avec celle-ci d’une nouvelle façon.

 

Le Congo-Brazzaville n’est pas un assez grand acteur économique dans la sous-région d’Afrique centrale. Quelles sont selon vous les causes de cette faille et comment peut-on davantage rendre visibles le génie des innovateurs, comme vous, pour qu’ils deviennent reconnus et célébrés à leur juste valeur?
Avec un climat apaisé, pas besoin de faire trop d’efforts, les talents illuminent naturellement le paysage
environnant. Il y a un temps pour vivre pour soi ; l’on ne peut pas reprocher à celles et ceux qui sont
parvenus à briller hors des murs de le faire. Autour de moi, j’ai des amis ingénieurs, des créatifs, des
entrepreneurs mais ils travaillent pour d’autres pays, des entreprises étrangères ailleurs. Nos forces vives sont disséminées, éparpillées. Beaucoup aimeraient revenir mais des craintes subsistent. A l’intérieur, j’entends que cela ne va pas.
Il me semble difficile d’espérer être un grand acteur économique sans mettre à disposition les ressources nécessaires pour permettre aux forces congolaises de l’intérieur d’évoluer sereinement et celles de l’extérieur de revenir à la maison. On ne va pas faire l’autruche, le pays est en déconfiture depuis plus de 20 ans. On ne peut pas faire prospérer un pays dans les instabilités de toutes sortes. Il faut de LA PAIX pour avancer sereinement. Il faut pouvoir prendre de la distance, accepter ses enfants qu’ils soient de tous les coins du Congo.
Les talents fédérés, dans une contrée en paix avec elle-même : la plus belle mine d’or qui soit pour un
pays !

 

Comment gérez-vous cette pression quand on vous présente comme l’un(e) des Ambassadeurs/rices de votre pays? Comment est-ce que votre contribution, à votre niveau, influe sur la société et impacte des vies autour de vous?
Je ne vois pas cela comme une pression mais comme une fierté. Née ainée, c’est avec naturel que j’aime pousser, révéler, encourager. Est ce le rang qui me sied ? Sûrement.

 

Être élevé par ses pairs est une belle forme de reconnaissance mais préparer l’avenir est encore meilleur. Comment comptez-vous renvoyer l’ascenseur pour la prochaine vague d’élites qui souhaite marcher sur vos traces?
A mon niveau, cela ne pourrait pour le moment ne se faire qu’au travers du conseil. Je me positionne en
tant que marraine par rapport à des associations existantes telles Anida, qui sensibilise contre l’albinisme sur le Continent et en Europe et Esimbi qui oeuvre pour l’éducation de jeune public, la formation des étudiants au travers de la culture notamment. J’ose espérer à terme pouvoir devenir mécène de certaines actions culturelles, apporter plus qu’aujourd’hui.

 

Nous ne saurons clôturer cet entretien sans vous laisser le soin de faire état de vos projets à court et long-terme, tout en espérant que ces derniers fassent mouche…

Les choses ne sont pas encore posées sur papier… Je reviendrai en parler dès lors que le travail aura
débuté !

 

Kongo Square @ NewMorning, Paris / Credit Photo: Dimitri LOUIS

 

Petite note ludique… Nous comptons sur vous pour faire découvrir aux lecteurs de TROPICS MAGAZINE une autre facette du ‘Congo’ qu’ils ne connaissent certainement pas…

La personnalité congolaise qui vous inspire le plus et pourquoi?
Je ne peux pas en donner une seule. Pour ce papier, je citerai Abeti, Mpongo Love suivi de Mbilia Bel. Même si je n’ai pas choisi le courant de la rumba congolaise, Elles font partie de ce peu parmi les femmes qui se sont produites elles-mêmes. Entrepreneures culturelles avant l’ère d’internet, elles continuent d’influencer mon parcours. On a tendance à penser les artistes féminines dépendantes des artistes masculins mais ce n’est pas toujours le cas.

• Votre type de musique africaine préférée et pourquoi?
Je n’ai pas de musique africaine préférée. Je suis une musicienne tant sensible aux beaux arrangements qu’à la simplicité d’une comptine enfantine ou l’intriguante complexité d’une tourne traditionnelle. La musique propose des infinités de sons, je ne pourrais me limiter.

Le plat (recette de cuisine) congolais par excellence selon vous et pourquoi?
Le trois pièces aux légumes. Poisson salé ou fumé / Pâte d’arachide / Moussosso na bari

Votre destination touristique congolaise incontournable ?
Il me faudrait pouvoir avoir parcouru l’ensemble du pays or tel n’est pas le cas. Je reste tout de même une inconditionnelle des cataractes du fleuve Congo!

Quelle oeuvre littéraire explorez-vous en ce moment ou citez-en une qui vous a marqué pour la vie (vous avez le choix entre entre l’Afrique et l’étranger)?
Je ne lis pas beaucoup depuis quelques temps car étant en phase de réflexion, d’écriture, je veux sortir ce qu’il y a de moi sans être trop influencée.
Par contre, j’acquière toujours régulièrement des livres qu’ils soient d’actualité, paru il y a longtemps ou j’en reçois en cadeau. En ce début de mois dans mon panier, on peut trouver : « Blues et Féminisme Noir » d’Angela Davis, « Congo Diary » de Ernesto Che Guevera (un précieux cadeau rapporté par ma fille d’un récent voyage à Cuba), « I’m not your Negro » de James Baldwin/Raoul Peck, « Reines d’Afrique et héroïnes de la Diaspora noire » de Sylvia Serbin (offert par une petit soeur)

 

Reste à vous souhaiter bon vent ainsi qu’à vos équipes… Quel serait votre mot de la fin ou l’appel que vous souhaitez lancer à l’endroit des dirigeants de votre terre mère?
J’aimerai que l’on cesse d’être pris pour les derniers des autres même sur notre propre Continent. Si la terre-mère n’est pas respectée par nous mêmes; dans cinquante ans, nul ne sera plus à blâmer que
nous autres Africain.e.s.
Nous le savons tous que sans paix, sans justice sociale, sans équité, sans valeurs, sans respect, il ne sera pas possible d’avancer.

 

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