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#TropicsIconoclasts : Pause Café Avec le Journaliste Multimédia Anthony Mouyoungui

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Au vu de son potentiel économique énorme, le continent africain est aujourd’hui élevé comme la terre de talents, la terre des affaires et la terre d’avenir par excellence. Avec une croissance économique soutenue de 5 à 6% en moyenne par an, la population africaine dépassera, haut la main, celle de la Chine d’ici à 2035 et nul ne peut faire fie des investissements qui seront multipliés par 5 dans les 10 prochaines années. Il va sans dire que l’Afrique est donc le nouvel eldorado pour les porteurs de projets comme les investisseurs locaux voire internationaux.

Dans sa série de classements annuels “TROPICS ICONOCLASTS” dédié aux pays africains, la rédaction de TROPICS MAGAZINE passe en revue l’énorme potentiel de croissance du continent. Au travers de ses séries d’interviews dédiées aux figures de proue et futurs cadres africains, ledit magazine primé ‘Meilleur Magazine de l’Année’ aux Creative African Awards de Londres analyse les enjeux des Jeunes Leaders ainsi que les challenges que doivent relever les dirigeants et les entreprises africaines.

Et si l’Afrique est en chantier, le CONGO-Brazzaville n’est pas en reste. Au vu de leurs actions multiformes, la quasi totalité de ses fils et filles est effectivement à l’oeuvre sur place comme à l’étranger. Nous vous proposons donc, sans ne plus tarder, d’aller à la rencontre d’une des 65 figures de proue congolaises, dont la magnitude des réalisations rehausse l’image de leur patrie mère. Interview!

 

TROPICS MAGAZINE – Le 22 Avril dernier, TROPICS MAGAZINE rendait publique son tout 1er classement dédié à la République du Congo et qui avait pour but de placer les réverbères sur une terre de talents qui a longtemps marqué l’histoire du continent. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle, partagez avec nos lecteurs vos impressions à chaud?

Ça été une véritable surprise. Je ne m’y attendais pas du tout. Quand je suis tombé sur l’article, je voulais simplement savoir qui étaient les 65 noms. Je ne me doutais pas un seul instant que j’en faisais partie. Se retrouver sur une même liste qu’Emmanuel Dongala, Alain Mabanckou, Serge Ibaka ou Franck Elemba est un honneur. Je suis très heureux et je vous remercie pour cet honneur. C’est la plus belle surprise de l’année.

 

Félicitations pour cette belle reconnaissance que vous méritez amplement. Vous semblez plutôt attentif à toucher le plus large public… Parlez-nous de la place qu’occupe votre pays dans votre coeur et comment est-ce que cela se traduit dans la matérialisation de vos rêves ou projets…

Mon pays occupe une place importante dans mon cœur. Aucun jour ne passe sans que je ne pense à lui, sans que je ne fasse allusion à lui. Chaque fois que je visite un endroit que je trouve captivant (bibliothèque, théâtre, musée ou parc), je ne peux m’empêcher de visualiser ledit endroit dans mon pays, me dire que ‘’telle chose serait bien à Pointe-Noire ou à Brazzaville’’. Mon pays est le seul lieu où j’imagine réaliser mes rêves ; ils sont intimement liés.  

 

#TropicsIconoclasts : Pause Café Avec le Journaliste Multimédia Anthony Mouyoungui

 

Les jeunes leaders, dirigeants et entrepreneurs africains sont souvents décrits comme des personnes persévérantes et résilientes. A votre avis, quelles sont les qualités qui vous caractérisent et comment contribuent-elles à votre épanouissement?

Je suis quelqu’un de très ouvert et de très curieux (dans ma soif de connaissance), j’observe beaucoup, je suis passionné par ce que je fais et je suis toujours porté par l’envie d’apprendre davantage. Lorsque j’étais au collège, ma devise était ‘’je veux tout savoir’’. Et je crois que j’ai gardé cet état d’esprit jusqu’aujourd’hui. Tout cela m’aide dans le cadre de mon travail et dans mon épanouissement, car ma soif de connaissance me permet de ne pas rester sur mes acquis, d’aller toujours au-delà, de me dire qu’il me reste encore beaucoup de choses à apprendre’’. Lorsqu’on est porté par cela, on trouve toujours quelque chose à faire et on ne s’ennuie pas. L’épanouissement étant, pour moi, l’opposé de l’ennui. Pendant que certains passent du temps à muscler leurs corps, je muscle mon cerveau. J’ai une énorme soif d’apprendre. Comme de nombreux congolais, j’ai vécu et subi des évènements tragiques. Contrairement à ce que l’on peut penser, ces évènements n’ont pas ébranlé mon optimiste, je continue à croire en moi et en l’humanité de chacun. Je peux parfois être cynique, mais jamais pessimiste. Ma mère m’a appris à me satisfaire de ce que j’ai déjà. Une façon de remercier Dieu pour ses bienfaits. En même temps, elle exigeait de nous (mes frères, ma sœur et moi) de faire plus qu’elle, car elle estimait que nous en avions les potentiels.

 

« Un collègue que je connais depuis des années m’a dit un jour que mon travail l’a inspiré et aidé à s’améliorer. J’étais agréablement surpris, s’il ne me l’avait pas dit, je ne l’aurais jamais su. C’est une façon de dire que je ne suis parfois pas conscient de l’impact de mon travail sur la vie des gens, car ma principale motivation est de faire ce qui a du sens pour moi. Le fait que je me retrouve parmi les 65 de votre classement me rappelle que cet impact existe. » Anthony Mouyoungui

 

Quels ont été vos principaux succès et échec professionnels à ce jour? Et, quels sont aujourd’hui vos souhaits d’évolution et vos focus principaux?

Chaque fois qu’un de mes projets a suscité l’intérêt des autres, je l’ai vécu comme un succès. Chaque fois que les gens se retrouvent dans ce que je fais, je le vis comme un succès. Les différentes émissions radio et télé que j’ai animées (‘’Cultura’’ sur Radio-Océan, ‘’Vitr’Arts’’ sur Ponton FM et ‘’Scenic’’ sur DVS+) ont été des succès parce qu’elles ont permis à des individus de trouver un espace d’expression. Elles ont aussi permis aux personnes de se faire connaître et de montrer leur travail au grand public. La première émission est forcément la plus marquante, elle s’appelait ‘’Cultura’’ sur Radio-Océan. Le succès de ce programme a rendu tout le reste possible. Tout ce que je vis en ce moment a pour point de départ cette émission. Ce que je considère comme échec professionnel, je l’ai vécu dans un secteur d’activité autre que celui des médias et de la communication. Il y a quelques années, dans l’intention de me reconvertir, j’avais trouvé un travail dans une entreprise pétrolière. Malgré toute ma bonne volonté, tout mon investissement et une rémunération avantageuse, l’expérience avait tourné court. Je ne m’étais pas senti à ma place, il me manquait un élément important : la passion. J’ai du mal à travailler sans celle-ci.

C’est la seule fois de ma vie où je me suis ennuyé dans un travail.  Avec le recul, je me dis que cette expérience malheureuse m’a permis de me re-concentrer sur les médias et de progresser. C’est une de mes forces ! J’avance marche après marche sans me précipiter. Pour moi, évoluer c’est réaliser des choses que je n’ai pas encore faites, que je rêve de faire. Avoir un journal, une radio ou une télé par exemple. Évoluer c’est aussi découvrir des nouvelles expériences professionnelles. Je me focalise sur ces objectifs. Quand je fais un bilan de mon parcours, je me dis qu’est-ce que je n’ai pas encore fait ? comment arriver à bien les faire ? J’ai toujours le souci de bien faire les choses. J’ai commencé par la radio, je suis passé par la télé et aujourd’hui, je suis sur le web, j’aspire toujours à aller de l’avant. Je veux toujours plus.

 

Le Congo-Brazzaville n’est pas un assez grand acteur économique dans la sous-région d’Afrique centrale. Quelles sont selon vous les causes de cette faille et comment peut-on davantage rendre visibles le génie des innovateurs, comme vous, pour qu’ils deviennent reconnus et célébrés à leur juste valeur?

A mon avis, le problème du Congo est un problème politique. Politique dans son sens le plus large c’est-à-dire la gestion de la société dans tous ses aspects. Au Congo, nous n’avons pas suffisamment le sens des priorités, nous n’arrivons pas à distinguer ce qui est important et nécessaire de ce qui ne l’est pas. Souvent, nous confondons les choses. Il faut des politiques de détection, de formation, d’accompagnement et de vulgarisation. A ce niveau, les médias ont un rôle très important à jouer. Ils doivent créer des mécanismes de promotion pour permettre aux congolais dans leur ensemble de savoir qui fait quoi, d’avoir à temps l’actualité sur les innovations congolaises. C’est systématiquement, les étrangers qui parlent en premier des congolais qui brillent dans le monde, nous ne faisons que prendre la suite. Les congolais ne devraient pas dépendre de l’extérieur pour cela.

Si les innovateurs ne sont pas très bien connus, c’est plus une question de visibilité tant sur le plan national qu’international. Mais aussi, ces derniers ne doivent pas rester dans un vase clos. J’ai parfois l’impression que chacun dans son secteur se contente de son petit public et vise pas trop à conquérir un plus large public. Voilà pourquoi les initiatives comme la vôtre sont une bonne chose. Sans votre magazine et votre classement, je n’aurais peut-être jamais connu les noms et le parcours de certains compatriotes qui s’illustrent à travers le monde. Un grand merci encore à ce niveau.

 

Comment gérez-vous cette pression  quand on vous présente comme l’un(e) des Ambassadeurs/rices de votre pays? Comment est-ce que votre contribution, à votre niveau, influe sur la société et impacte des vies autour de vous?

C’est une énorme pression que j’arrive à gérer jusqu’à maintenant. Je vois cette pression comme une source supplémentaire de motivation dans ce que je fais. Je dois m’investir davantage pour mériter un tel honneur. La pression est surtout à ce niveau. Je suis passionné par ce que je fais et je suis du genre à penser qu’une mauvaise attitude ne peut servir d’exemple. Je crois que c’est de cette façon que je peux avoir un impact dans la vie des gens autour de moi. Les retours que je reçois vont tous dans ce sens.

Par exemple, un collègue que je connais depuis des années m’a dit un jour que mon travail l’a inspiré et aidé à s’améliorer. J’étais agréablement surpris, s’il ne me l’avait pas dit, je ne l’aurais jamais su. C’est une façon de dire que je ne suis parfois pas conscient de l’impact de mon travail sur la vie des gens, car ma principale motivation est de faire ce qui a du sens pour moi. Le fait que je me retrouve parmi les 65 de votre classement me rappelle que cet impact existe.

 

Être élevé par ses pairs est une belle forme de reconnaissance mais préparer l’avenir est encore meilleur. Comment comptez-vous renvoyer l’ascenseur pour la prochaine vague d’élites qui souhaite marcher sur vos traces?

J’estime que le renvoi d’ascenseur est quasi obligatoire. Nous avons reçu de nos parents, de nos enseignants et de tous ceux qui ont eu un certain impact dans nos vies. Je l’expérimente au quotidien. Le retour d’ascenseur serait de transmettre à mon tour ce que je sais et je fais déjà depuis des années. Je suis ouvert à tous ceux qui souhaitent faire comme moi. Je sais que la transmission des connaissances, des valeurs et d’une vision est la seule chose intelligente à faire. Pour un Congo meilleur et grand acteur économique dans la sous-région ou sur tout le continent, les 65 ont pour mission d’amener la nouvelle génération à prendre conscience de sa place, de sa mission et de faire plus que nous.

 

Nous ne saurons clôturer cet entretien sans vous laisser le soin de faire état de vos projets à court et long-terme, tout en espérant que ces derniers fassent mouche…

Pour le court terme, je travaille depuis des mois sur un récit qui me tient à cœur et j’espère le finir d’ici la fin de l’année. Un moment important de mon existence que je voudrais partager au monde. Le long terme, c’est la réalisation de mon rêve énoncé plus haut : créer une station de télé et de radio à Pointe-Noire. Je ne suis pas seul dans ce projet, je suis avec des amis qui partagent le même rêve et la même vision des médias.

 

 

Petite note ludique… Nous comptons sur vous pour faire découvrir aux lecteurs de TROPICS MAGAZINE une autre facette du ‘Congo’ qu’ils ne connaissent certainement pas…

 

  • La personnalité congolaise qui vous inspire le plus et pourquoi?

Je ne sais pas s’il faut choisir une personnalité vivante ou déjà disparue, car celle dont le nom me vient est décédée depuis des années. Il s’agit de Jean-Gilbert Foutou, un journaliste sportif congolais des années 80. Quand il présentait le journal des sports sur la télévision nationale, j’étais littéralement scotché. J’appréciais son aisance devant la caméra et sa facilité dans le maniement de la langue française. Je me disais si un jour je devenais journaliste, je ferais comme lui. Aujourd’hui, je pense y être parvenu : faire comme lui tout en apportant ma touche personnelle. Dommage qu’il soit mort si tôt, j’aurais aimé le rencontrer et discuter avec lui.

 

  • Votre type de musique africaine préférée et pourquoi?

En matière de musique je suis éclectique. J’écoute un peu de tout. De la rumba congolaise au high-life en passant par le mbalax, le makossa, le reggae ou le rap. Au cours de ma carrière, j’ai eu la chance de travailler pour un festival de musique (N’Sangu Ndji-Ndji à Pointe-Noire) et j’ai pu ainsi rencontrer des artistes venus de divers horizons  (Jacques Loubelo, Les Espoirs de Coronthie, Annie-Flore Batchiellilys, Kareyce Fotso ou Omar Pene). J’ai pu ainsi découvrir de nouveaux genres et satisfaire ma curiosité. Adolescent mes goûts musicaux étaient déjà tournés vers l’extérieur. J’ai grandi en écoutant un florilège d’artistes africains : Youlou Mabiala, Papa Wemba, Johnny Clegg, Yvonne Chaka-Chaka, Les Touré Kunda, Mory Kanté ou Pierre Akedengué. Il est vrai qu’en tant que congolais, la rumba occupe une place de choix. Mais les vieilleries comme on dit au pays. Les chansons de mon enfance et de mon adolescence. Je suis quelqu’un de nostalgique musicalement parlant. J’ai l’impression que les meilleures chansons datent de cette époque. Que maintenant, rien de vraiment excellent n’est produit.

 

  • Le plat (recette de cuisine) congolais par excellence selon vous et pourquoi?

Le saka-saka est pour moi le plat par excellence. Il est cuisiné dans tout le pays et c’est un signe d’unité nationale à mon avis. Sa préparation exige tellement de rigueur, de concentration et de discipline que tous les congolais devraient s’inspirer dans chaque action de leur vie. Je suis très nostalgique du saka-saka de ma grand-mère et de ma mère.

 

  • Votre destination touristique congolaise incontournable?

C’est Loango dans le département du Kouilou (au sud-ouest du Congo). C’est un ami qui m’a fait découvrir ce lieu et j’y ai passé de bons moments. La proximité avec l’océan atlantique le rend encore plus attractif. C’est un lieu rempli d’histoire qui mérite d’être, comme tous les sites touristiques du Congo, valorisés.

 

  • Quelle oeuvre littéraire explorez-vous en ce moment ou citez-en une qui vous a marqué pour la vie (vous avez le choix entre entre l’Afrique et l’étranger)

Je n’explore pas une, mais plusieurs. Depuis quelques mois, je lis ou plutôt relis les œuvres que j’ai étudiées au collège et au lycée. Les œuvres que j’ai aimées et qui ont, d’une certaine façon, nourrit ma passion pour la littérature. Il s’agit entre autres de ‘’Jazz et vin de palme’’, ‘’L’Anté-peuple’’, ‘’Ville cruelle’’, ‘’Les bouts de bois de Dieu’’, ‘’Le cercle de tropiques’’, ‘’Le vieux nègre et la médaille’’, ‘’Gouverneurs de la rosée’’, ‘’L’étrange destin de Wangrin’’ ou ‘’L’aventure ambiguë’’…

 

  • Reste à vous souhaiter bon vent ainsi qu’à vos équipes… Quel serait votre mot de la fin ou l’appel que vous souhaitez lancer à l’endroit des dirigeants de votre terre mère?

Franchement, je n’ai pas grand-chose à dire aux dirigeants de mon pays. Ils ont déjà démontré leur incapacité à faire du Congo un pays prospère où chacun trouverait sa place. Un pays plein qui suscite l’espoir et qui accorderait de la valeur à ses enfants qui brillent dans leur domaine respectif. En revanche, je préfère m’adresser au peuple, aux jeunes notamment. Malgré la situation actuelle du pays, qui est loin d’être reluisante, ils ont une chance incroyable de vivre dans un monde où se former, se perfectionner et développer ses capacités est devenu plus facile qu’à mon temps. J’aurais aimé vivre dans un tel monde lorsque j’étais adolescent. Le repli sur moi n’est plus de mise et en un clic, ils peuvent tout avoir. Alors, je les encourage à profiter à bon escient de toute cette technologie mise à leur disposition. L’avenir du pays est entre leurs mains. Le Congo de demain aura besoin de ses filles et fils éduqués, formés et qualifiés pour pouvoir se relever.

 

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